- Pour plusieurs jamaïcains, le ganja est "l'arbre de vie".
D'après le président d'une commission sur le cannabis (Ganja Commission), Barry Chevannes, plusieurs jamaïcains utilisent la marijuana pour des fins spirituelles.
"Il y a un usage récréationnel semblable à celui de l'alcool" explique Chevannes, "mais les gens ont expliqué à la commission que le ganja apporte des bénéfices spirituels. Cela les aide à méditer et à communiquer avec leur Dieu. Cela les aide à trouver une voie intérieure pacifique et contemplative."
La perspicacité de Chevannes est l'écho des leaders religieux qui ont témoigné à sa commission. L'Archevêque Catholique Romain de Kingston et l'évêque anglican numéro un de la Jamaïque ont supporté l'idée que l'usage du ganja ne soit pas une offense criminelle.
L'archevêque a déclaré que Dieu a créé toutes les plantes à l'usage de l'humanité, et qu'il a ordonné aux humains d'étudier les qualités et les possibilités des plantes et des herbes. L'archevêque n'a dit ne voir aucune raison pour les restrictions légales sur la quantité de marijuana qu'un individu peut posséder, et qu'il supportait un " usage consciencieux " pour des fins religieuses.
"Mon propos est de respecter la conscience d'une personne et de quoi que ce soit fait avec modération" a-t-il dit. "Et s'ils voient que ces quelques choses qui peuvent les assister dans leur vie pieuse et dans leur rapport avec le divin, et s'ils croient sincèrement que Dieu leur a fourni dans le but de les aider à le faire, alors je ne peux dire que c'est immoral. Et je peux dire au gouvernement de décriminaliser la substance à moins que le gouvernement affirme qu'il est victime dans cet acte de culte."
L'évêque anglican de Jamaïque a exprimé un point de vue semblable à sa contrepartie catholique.
"Pour être en accord avec la moralité chrétienne", l'évêque a dit, le fait que vous soyez contre quelque chose ne signifie pas que ce devrait être une offense criminelle. Je n'aurais aucun problème avec la décriminalisation d'un usage privé limité aux adultes, et ce sans compromettre ma position personnelle que ce n'est pas quelque chose qu'un individu devrait considérer comme bon, sain, ou correct."
L'évêque a déclaré à la commission qu'il avait écrit un rapport sur le ganja en 1977. Dans ce document, il a noté les différences entre l'usage récréationnel, médicinal et religieux du cannabis. Il a dit qu'il serait difficile de concevoir une législation qui décriminaliserait l'usage privé et religieux mais non l'usage récréatif, et que cette difficulté est une des raisons pour lesquelles il supporte une décriminalisation générale.
La commission a interviewé des jamaïcains qui croient que les lois sur le ganja sont un affront à "Dieu, le Créateur".
"Leur argument est que le ganja est naturel, et non une substance créée par l'homme, donnée par Dieu à l'humanité pour être utilisée par l'humanité comme elle l'entend, de la même façon qu'Il fournit d'autres herbes ou buissons" a rapporté un homme de la commission. "En tant que substance naturelle, le ganja n'a pas besoin d'être cultivé. Répandu par les oiseaux et d'autres facteurs, il pousse de façon sauvage. Il ne peut conséquemment pas éradiqué. Dieu a créé d'autres herbes, mais aucune n'est sujette à la prohibition imposée par la loi."
Un ouvrier de 32 ans de Montego Bay a témoigné que "Dieu a créé toute la terre, les arbres, les graines, vous savez, alors si vous voulez vous battre contre les herbes, vous combattez ce qu'il a fait. Vous savez déjà qu l'homme se bat contre plusieurs de Ses créations. Si vous inculpez un homme pour l'herbe, vous devez inculper Dieu, puisqu'il en est le créateur."
La naissance des Rastas
La communauté rastafarienne de Jamaïque est probablement la plus importante voix religieuse dans le débat du cannabis.
Le rastafarisme, maintenant célèbre grâce à Bob Marley, et aux fameux "dreads" (peignure traditionnelle rasta, appelée "dreadlocks"), existe en Jamaïque depuis environ 70 ans, Ces racines peuvent être associées à Marcus Garvey, un jamaïcain d'origine qui s'est fait connaître en Jamaïque et aux États-Unis au début des années 1900.
Les talents d'orateur évangéliste de Garvey, combinés à son ardente critique du racisme et de l'oppression des peuples "travaillants", en a fait un "prophète" héroïque pour plusieurs jamaïcains. Ils ont vu une de ses prophéties - que l'Afrique produirait un "Roi Noir" moderne qui ramènerait le respect et le pouvoir au peuple noir partout - se réaliser en le couronnement de Haile Selassie I comme "roi suprême d'Éthiopie" en 1930.
Garvey a rejeté l'idée que Selassie soit un représentant de Dieu, mais Selassie a été accueilli par des dizaines de milliers d'adorateurs jamaïcains lorsqu'il a visité la Jamaïque en 1966. Il fut semble-t-il impressionné par le rastafarisme, et pressa les jamaïcains de renforcer leur peuple, de libérer la Jamaïque et d'ensuite immigrer en afrique.
Les politiciens et les chefs religieux jamaïcains qui prétendaient que Selassie était un entité divine sont devenus les aînés qui ont créé le mouvement rastafarien, en extrapolant le nom à partir de "ras" qui veut dire roi et de "tafari" qui veut dire "dont on doit avoir peur".
Leonard Howell, un des aînés, a fondé une commune près de Kingston dans les années 1940, où lui et d'autres rastas utilisaient le ganja pour les aider à trouver le Dieu ou "Jah" (nom rasta de Dieu) en eux. Ils croyaient que la bible, un des livres les plus sacré du panthéon rasta, appelle le ganja "l'Arbre de Vie dont le feuillage sert à la guérison des nations" (Apocalypse 22.2).
Rapidement, l'utilisation du ganja est devenu une pratique rasta répandue. La plante cannabis continue d'être une partie intégrante du rastafarisme, et est vénérée comme un sacrement.
Méchante Babylone
Les rastas croient que les humains ont fait une erreur en érigeant un techno-monde où le principal culte est celui de l'argent. Les rastas en parle en tant que Babylone. Selon la théologie rasta, la prohibition des plantes données par Dieu est la preuve de la nature artificielle et méchante de Babylone.
Les lois sur la marijuana sont vues comme un symbole de l'autorité externe non divine que Babylone exerce. La communauté rasta a vigoureusement résisté aux lois et à leur application, ce quia mené à leur persécution par la police et "l'élite riche" qui voyait le rastafarisme comme une potentielle force politique qui unifie les membres "marginalisés" de la société. L'aîné Howell fut arrêté pour le ganja, comme des milliers d'autres rastafariens. Comme aux États-Unis, la guerre à la drogue en Jamaïque en est une culturelle, qui voit l'utilisation du ganja comme la façon d'identifier et de faire du tort à un groupe précis (les utilisateurs de cannabis) qui est perçu comme dangereusement créatif et défiant de l'autorité.
Plusieurs groupes officiels de représentants rastafariens ont témoigné devant la commission Chevannes.
Les dirigeants de l'Église de Heile Selassie ont indiqué à la commission que l'utilisation sacristique du ganja est comparable à la doctrine de la transsubstantiation, qui stipule que le pain et le vin sont transformés durant la communion chrétienne en "le corps et le sang de Jésus".
Les représentant de l'Église Selassie ont expliqué que les prêtres rastafariens transforme de façon similaire le ganja en "le corps de la Sainte Trinité", par un rituel qui implique sa disposition sur un autel et sa bénédiction par les fidèles et les prêtres. Pendant le rituel, les fidèles inhalent "la fumée du ganja sacré". Cette inhalation est décrite comme une "communion".
Après la communion, le prêtre distribue le ganja béni en petite quantité aux hommes rastas de 21 ans et plus, pour leur usage personnel à la maison. Une telle ingestion n'est pas vue comme récréationnelle.
"Nous croyons que lorsque quelqu'un est initié à de tels principes, l'herbe n'est plus perçu comme quelque chose qui fait planer, mais comme une partie du corps du christ qui donne de la force" a dit un témoin.
Un autre groupe de rastafariens, les Aînés Nyabinghi du Tabernacle de Pitfour, ont dit à la commission que les rastas croient que Dieu a créé le monde naturel et a donné aux humains les connaissances et l'autorité d'y vivre honorablement.
Dans leur perspective, l'honneur se démontre quand les humains sont de bons responsables de leur propre vie, des écosystèmes et de toute vie sur la planète. La gentillesse et l'absence d'exploitation dans ce code de conduite combine l'humanisme, le communisme et l'environnementalisme radical d'une manière rarement vue dans les sociétés technologiques. Pour cette raison, plusieurs rastas préféreront vivre "dans la brousse" plutôt que dans les villes. Ils vivent "des vies simples" qui met emphase sur la famille, la santé, la nourriture naturelle et le ganja.
Rituels révélateurs
Les témoins rastas ont indiqué à la commission que le ganja est un "révélant" qui aide les individus à suivre le "chemin honorable", et c'est l'élément central du rituel et du mode de vie Rasta Nyabinghi.
Les Nyabinghi procèdent à des cérémonies rituelles herbales plusieurs fois par année dans des tabernacles spéciaux. Les tabernacles et leur terrain sont sacrés. Les fermiers rastas font pousser du ganja particulier pour utiliser spécifiquement dans les rituels "Binghi", qui peuvent durer jusqu'à 12 jours.
Les rituels se concentrent sur la prière et la communion entre les membres de l'Église. Ils débutent lorsqu'un grand prêtre suivi de 7 prêtres et de matriarches mènent une procession d'enfants jusqu'au tabernacle.
Le grand prêtre brûle du ganja sur l'autel et maintient la combustion durant chaque nuit de la cérémonie. Les aînés et les matriarches fument le ganja sacré, pendant que les enfants jouent du tambour et chantent. Plus tard, seuls les adultes participent à une cérémonie qui dure toute la nuit et comprend prières, chants, fumée, et percussions.
Les Nyabinghi s'engagent également dans une activité nommée "raisonnement de base". Ce raisonnement aide aux individus à se forger des idées sur "la politique, la théologie, le rapatriement et la réparation". Les participants discutent de préoccupations personnelles, mais le focus est mit sur l'interaction des individus et de la société, et sur d'autres sujets importants comme l'écologie.
De telles sessions incluent l'usage "supervisé" du ganja de façon à mettre les participants en relation avec des sentiments pacifiques, l'unité et la "conscience". La philosophie rasta décrit les humains "ganja-conscient" comme "le temple de Dieu, à l'intérieur duquel Dieu niche." Il est dit qu'utiliser le ganja "stimule l'être intérieur par le discours spirituel".
Dans ces sessions, l'herbe est fumée en joints ou dans un calice, bien que les témoins rastas ont dit que les fumeurs au calice doivent être très "matures et propres d'esprit" à cause des "bouffées" puissantes de cet unique et efficace appareil d'inhalation.
Avant le début de la consommation, les aînés prient en évoquant le nom de Haile Selassie pendant qu'ils éclaboussent l'herbe avec de l'eau bénite. Les fidèles réunis chantent des psaumes pendant cette partie du rituel. Le ganja rituel est parfois mélangé avec du tabac puisque l'herbe pure, dite "ital", peut être trop forte pour certains participants.
La création sacrée
Trois représentants rastas non affiliés - Ras Lya, Sister Ita et Sister Wood - ont indiqué à la commission que les rastafariens voient le ganja comme partie intégrante d'un "mode de vie spirituel".
Ras Lya a dit ne pas fumer d'herbe! A la place, il en mange et en boit, en utilisant un mortier pour le réduire en pulpe s'il est frais, ou en le broyant s'il est sec, pour ensuite l'utiliser avec d'autres herbes, des noix et du miel.
Il l'utilise médicalement en combinaison avec des épices comme la muscade, l'ail, le piment, le gingembre et des pelures d'oranges. Ras Lya a prétendu qu'il utilisait ce type de préparation au ganja depuis 40 ans, et que ses effets médicinaux l'ont préservé de souffrir de toute maladie ou douleur pendant ces années.
Sister Ita a donné aux représentants de la commission une perspective différente du "syndrome amotivationnel" que certains attribuent au ganja. Ce syndrome considère que les fumeurs de marijuana deviennent paresseux parce qu'ils se sentent "bien dans la vie, juste en fumant du ganja".
Sister Ita a dit que le ganja change les valeurs et les buts des gens, supprimant leur besoin de poursuivre le succès tel que définit par Babylone. Le ganja altère la conscience d'une telle façon que les usagers préfèrent être dans "une création naturelle plutôt que dans la ville", a-t-elle commenté, en ajoutant que le ganja amène un état d'esprit dans lequel les possessions matérielles et le monde de Babylone deviennent secondaires, de sorte que la personne "herbalisée" commence à voir l'individu comme une partie de la création plutôt que comme un consomateur de produits et de plaisirs artificiels et auto-destructeurs.
"La plupart des jeunes qui utilisent l'herbe sont dans un style de vie plus sobre et normal que la frénésie du centre-ville. Cela asobrit quelqu'un au point de le sortir "de la frénésie", comme je l'appelle; et le fait plus humble de même que plus satisfait de ce qu'il a." C'est une sorte de chemin de sortie pour certains jeunes, qui crée un espace où quelqu'un peut aller, comme les gens vont à l'église.
D'après Chevannes, les plaidoyers des rastas démontrent que la prohibition du ganja brime la liberté religieuse.
"La religion et le ganja sont liés" a expliqué Chevannes. Les pratiques et les croyances religieuses sont universellement reconnus comme des droits humains. Il semble que les lois sur le cannabis criminalisent une composante de base de la pratique religieuse de nos citoyens.
En novembre 2005, au Zénith à Paris, devant cinq mille personnes, le célèbre reggaeman Alpha Blondy interprétait son tube Jérusalem. « Baroukh ata Adonaï. Baroukh aba Yerushalaïm. Jérusalem, je t’aime… » Curieux endroit qu’un concert de reggae pour célébrer la Ville sainte. Et pourtant…
Alpha Blondy trouve son inspiration dans les principes du rastafari et dans la Bible. Il porte fièrement une étoile de David au poignet et transmet depuis vingt-cinq ans le message universel de la philosophie rasta tout droit venue de Jamaïque. « Les connexions entre le reggae, le rastafari et le judaïsme sont nombreuses et profondes. Bob Marley disait : “Les rastas sont une des douze tribus d’Israël éparpillées à travers le monde.” J’aime bien cette vision spirituelle », confie-t-il. Alpha Blondy, frère spirituel de Bob Marley, est le père du reggae africain. En 1985 sa quête de Dieu le mène en Terre sainte : « Jérusalem est un livre vivant. Elle a changé ma vision spirituelle. Voilà pourquoi j’ai souvent été taxé de “sioniste” alors que la politique ne m’intéresse pas. » Ses albums Jérusalem et Elohim symbolisent le mariage des cultures. Alpha Blondy chante l’amour dans le monde et en Israël où il rêve de donner un concert pour la paix. Dans son disque, Yitzhak Rabin, sorti en 1998, il pleure l’homme de l’entente perdue et chante la Ville éternelle : « Si Jérusalem se vidait de toute violence, elle serait encore plus sainte. La paix est un impératif. » Alpha Blondy prône une forme d’oecuménisme, dont la Torah, la Bible et le Coran ne seraient qu’un seul livre. « Dieu n’a pas de religion, chacun l’adore comme il veut. Il est un grand démocrate. » À l’image du rastafari, Alpha Blondy se veut universel et défend la solidarité entre Noirs et Juifs. « Pour avoir été frappés avec les même bâtons, des liens se sont créés. Le peuple juif est notre allié. Lui aussi a connu la morsure de l’injustice et de l’humiliation. » Le reggae, vecteur de la philosophie rasta, est fortement impregné des textes de la Torah et des Psaumes. Idéologi syncrétique née dans les années 1930, le rastafari s’est inventé sa propre identité en puisant à la fois dans ses racines africaines et dans la Bible. Ses adeptes se nomment eux-mêmes les enfants d’Israël. Il compte cinquante mille pratiquants en Jamaïque et plusieurs millions dans lemonde..
La révélation
Au début du XIXe siècle, Blancs et Noirs vivent séparés en Jamaïque et, malgré l’abolition de l’esclavage en 1834, la population noire vit dans des conditions déplorables. Le rastafari et la musique reggae vont s’enraciner dans ce terreau de pauvreté et de violence. Colonisés par les Anglais, privés d’histoire, acculturés et méprisés par l’Église catholique, les Noirs de Jamaïque sont peu à peu admis par l’Église baptiste, défenseur de la liberté religieuse. Après des siècles d’aliénation, les Noirs jamaïcains ont soudainement droit à une forme de culture et chantent le gospel. Hélène Lee, auteur du livre Le Premier Rasta (Flammarion), explique que « les Noirs sont frappés par la Bible où l’on raconte l’histoire d’un peuple esclave en Égypte, affranchi grâce à l’intervention divine. Pour eux, c’est une révélation ». Peuple d’anciens esclaves, les futurs rastas se reconnaissent naturellement dans le peuple d’Israël. Pour Abdoulaye Barro, fondateur de l’association JUAF (Juifs et Africains) et directeur de la revue Aleph Beth, « le peule juif est un modèle pour le peuple noir auquel il s’identifie. Les Noirs ont aussi pris une revanche. Les missionnaires évangélistes voulaient coloniser et asservir les esprits des Jamaïcains par la religion, mais les Noirs l’ont utilisée pour s’affranchir et inventer leur propre pensée. Le rastafari est juste un mouvement inspiré de la Bible, dont la portée est universelle et libératrice. »
La Bible de l’homme noir
À tous ceux qui rejettent l’« hypocrisie » des religions, le rastafari propose une alternative. Il remet en question la Bible occidentale et donne une interprétation radicalement différente de celle que leur imposaient les Blancs. Parmi les textes qui fondent la théologie rasta, la Holy Piby, publiée en 1924 aux États-Unis par le révérend Rogers. Cette « Bible de l’homme noir », inspirée de l’Ancien Testament, du Talmud et du Coran, rend aux Africains leur place dans l’Histoire. Cette vision afrocentriste réfute l’idée du Messie blanc imposée par les colons chrétiens. Les rastas s’inventent donc une théologie noire avec un Dieu à leur image.
Le reggae, crée par B. Marley, est le vecteur de la phillosophie Rastafi. Pour eux, « Samson était un dreadlocks / Le roi David était un dreadlocks / Moïse était un dreadlocks / Moïse a mené les autres dreadlocks hors d’Égypte / À une époque où le seul chauve était Pharaon », chante le reggaeman Dillinger. L’historien Cheikh Anta Diop publiera dans les années 1950 des recherches essentielles pour l’afrocentrisme. Selon lui, les pharaons étaient noirs, tout comme Moïse, marié à une princesse noire, et les Juifs. Focalisé sur un hypothétique retour en Afrique, le rastafari va se structurer autour de la prophétie de Marcus Mosiah Garvey. En 1929, ce jamaïcain militant prédit l’avènement sur le trône d’Éthiopie du jeune Ras Tafari Makonnen, connu sous le nom e Hailé Sélassié. « Il est bien le Messie noir annoncé, porteur de bonnes nouvelles pour la diaspora africaine. Il est leur rédempteur, celui qui les sauvera et les ramènera en Afrique », précise Abdoulaye Barro. Par le biais du rastafari, ce roi soude le peuple jamaïcain et les rastas deviennent une communauté à part entière. Pour eux, il est le descendant de Ménélik I, fruit des amours légendaires du roi Salomon et de la reine de Saba. « Jérusalem a une grande dimension spirituelle pour les rastas. C’est un symbole, confirme Alpha Blondy. Même s’ils n’ont jamais vu Israël, c’est gravé dans leur subconscient. » En plein éveil du rastafari, précise Hélène Lee, « on découvre en Éthiopie l’existence de Noirs qui pratiquent le judaïsme. L’histoire des Falashas accentue le mythe rasta et fascine ses adeptes ». Certains rastas vont même jusqu’à revendiquer leur judéité, bien qu’ Israël ne les reconnaît pas. Ils épousent le mythe des tribus perdues qui se seraient égarées dans des îles des Caraïbes, en passant par l’Éthiopie. Les rastas ont par ailleurs des rites proches des religions sémitiques : le porc et les crustacés sont interdits, les femmes se couvrent les cheveux, sont impures pendant leurs règles, et les hommes portent les dreadlocks, « une version afro des papillotes juives orthodoxes », selon une expression du journaliste Paul Moreira. Une coiffure souvent comparée à la crinière du lion sacré de Judas.
Proches du mouvement sioniste
Les rastas éprouvent aussi à cette époque une grande sympathie pour les sionistes. Nationalistes, ils se sentent proches de leur combat, « centré lui aussi sur une identité religieuse », explique Bruno Blum, auteur de Bob Marley, le reggae et les rastas (Hors collection). Mais les rastas situent leur Terre promise en Éthiopie, le berceau de l’humanité ; dans les Saintes Écritures, une terre de liberté qui n’a jamais été colonisée. Elle est symbole de résistance à Babylone, l’Angleterre coloniale, fille de l’impérialisme occidental. Babylone, cité biblique de toutes les perversions, symbolise l’ordre social oppressant pour lequel les rastas éprouvent une profonde aversion. Le « retour » en Éthiopie devient une obsession. À l’image des premiers habitants d’Eretz, ils veulent quitter Babylone pour rentrer dans le pays de Jah (un des noms hébreux de Dieu). C’est pourquoi, dés les années 1930, Marcus Mosiah Garvey va fonder une compagnie maritime, la Black Starline, pour rapatrier ses frères vers l’Afrique. Un rêve resté en suspens faute d’argent.« Cette démarche ressemble beaucoup à celle des sionistes avec l’odyssée de l’Exodus », poursuit Bruno Blum.
Proximité culturelle
Le rastafari, qui se veut universel, a su sortir des ghettos de Kingston grâce au reggae. En retour, il a fait de cette musique un véritable langage de paix, dans lequel chacun peut chanter Dieu, quelle que soit sa foi. Le chanteur américain Matisyahu, originaire de Brooklyn, à New York, a réussi un mariage inédit entre les cultures juive et rasta. Vêtu d’un costume hassidique traditionnel, Matthew Miller, de son vrai nom, chante la venue du Messie et la grâce divine à la manière de Bob Marley. C’est en étudiant dans une yéshiva en Israël que Matisyahu comprend les liens entre rastafari et judaïsme. « Il y a de nombreuses connexions culturelles. Les rastas descendent de Salomon et de la reine de Saba, c’est une tribu perdue, ils suivent les mêmes rites que nous, fondés sur l’Ancien Testament. Le reggae, c’est la musique des esclaves. » La culture rasta et le reggae l’ont aidé, dit-il, à redécouvrir ses racines juives et à renouer avec sa foi. « Ma musique sert à porter la parole de Dieu à travers le monde. » À New York, les religieux ont décidé de le soutenir malgré une vive polémique. Mais, là où le rastafari croit en Hailé Sélassié, Matisyahu célèbre Dieu et la reconstruction du troisième Temple. La plupart de ses textes sont en anglais, ponctués d’hébreu. Dans King without a Crown (Roi sans couronne), il implore avec force la venue du Messie. Le message de Dieu sur fond de musique reggae, comme un nouvel épisode dans la relation entre pensée juive et rasta. Entre inspiration réciproque et foi partagée.
Rebecca Assoun
Reggae phobie
Sexisme, racisme anti-Blancs et appels au meurtre des homosexuels… Aujourd’hui, certains chanteurs de reggae comme Capleton, Tony Rebel ou Sizzla prônent sans détour la violence dans leurs textes. Résultat ? Des concerts annulés l’été 2005 et un coup dur porté au message de paix chanté par Bob Marley. « On est loin du reggae tranquille, cool, lent, libérateur, hypnotique, raffiné et psychédélique des années 1970 », déplore Bruno Blum. Comment une musique de tolérance et de respect comme le reggae, inspirée par le rastafari, peut-elle servir de tremplin à la haine ? En Jamaïque, de nombreux artistes reggae s’inspirent des Bobo Ashanti, une communauté rasta rurale et marginale fondée en 1958. « Ces fondamentalistes prônent une vie rigoriste, vivent dans la nature et lisent la Bible tous les jours où ce violent délire homophobe prend racine », poursuit le spécialiste. Mais en Jamaïque « les rastas n’ont pas l’exclusivité des travers homophobes, machistes, bigots et parfois racistes. La population, très pieuse, est ignorante. Les gens vivent dans la misère et se réfugient dans la religion sans doute d’une mauvais manière ». L’homosexualité est passible de prison allant jusqu’à dix ans. En 2004, au moins trente homosexuels ont été assassinés. Toutefois, rappelle Bruno Blum, face à un message rasta dévoyé, « beaucoup de rastas, moins enfermés sur leur communauté et ses dogmes, souvent européens, dénoncent ces dérives qui risquent, à court terme, de discréditer toute la musique jamaïcaine et le rastafari ».
Ras Tafari Makonnen
Empereur Haïlé Sélassié I
Roi des rois & Seigneur des seigneurs
Lion Conquérant de la Tribu de Juda
Empereur d'Éthiopie
Élu de Dieu
Défenseur de la Foi
Lumière du Monde
Chef de l'Ordre Ancien de NyahBinghy
Grand Prêtre selon l'Ordre De Melchisédech
Chevalier du Grand Cordon de l'Ordre de Salomon
Chevalier de la Grande Croix de l'Ordre de Salomon
Chevalier du Garter
Chevalier de la Grande Croix de l'Ordre du Bath
Chevalier de la Grande Croix de l'Ordre de St.Michel et St.George
Chaîne Royale Victorienne
Maréchal de l'armée Britannique
Docteur en Droit Cambridge
Docteur en Droit Civil Oxford
Chevalier de la Grande Croix de l'Ordre de la Légion d'Honneur
Chevalier de l'Ordre de l'Annonciation
Ordre du Mérite de la République Italienne
Chevalier de l'Ordre du Lion d'Or du Luxembourg
Chevalier de l'Ordre des Séraphins de Suisse
Chevalier de l'Ordre de l'Éléphant
Grand Col de Carlos le 3ème
Chevalier de l'Ordre du Sauveur de Grèce
Chevalier de l'Ordre de Léopold de Belgique
Chevalier de l'Ordre de Survov d'U.R.S.S.
Chevalier de l'Ordre de Saint Olaf de Norvège
Chevalier de l'Ordre de l'étoile de Yougoslavie
Chevalier de l'Ordre de l'Aigle Aztèque du Mexique
Chevalier de l'Ordre de la République Première Classe du Soudan
Chevalier de l'Ordre de Sabastin Guillaime
Chevalier de l'Ordre du Lion des Pays-Bas
Chevalier de l'Ordre Militaire Première Classe du Lion Blanc de Tchécoslovaquie
Chevalier de l'Ordre du Mérite Militaire de R.F.A.
Ruban de la Grande Croix de l'Ordre du Christ,
Saint Jacques et Aziz du Portugal
Encens de La Vierge